Lettre publiée dans La Presse le 8 octobre 2025

Les procureurs ne sont pas les seuls à s’alarmer du manque de ressources, qui risque de s’aggraver avec les coupes annoncées par le gouvernement de Monsieur Legault. Les maisons d’aide et d’hébergement en violence conjugale aussi.

Sur le terrain, les obstacles se multiplient pour les femmes qui décident de s’engager dans des procédures judiciaires. Délais judiciaires et craintes d’un arrêt des procédures, changement du procureur au dossier en raison d’épuisement professionnel, insistance pour régler en conciliation… Le manque de ressources dénoncé par l’association des procureurs affecte le traitement judiciaire en violence conjugale, alors même que le ministre de la Justice, M. Jolin-Barrette, assurait vouloir l’améliorer dans la foulée du rapport Rebâtir la confiance, et notamment avec l’implantation du Tribunal spécialisé. Force est de constater que les bonnes intentions sont mises en péril par les coupes successives dans un système déjà en surcharge.

Dans ces conditions, comment garantir la poursuite verticale (un même procureur tout au long d’un dossier)? Comment garantir un accompagnement sécuritaire et adéquat aux victimes? Comment préserver les dossiers en violence conjugale de l’arrêt Jordan? Comment garantir la justice aux femmes qui ont bravé tant d’obstacles pour parvenir à dénoncer leur agresseur?

Une confiance dans le système de justice déjà largement fragilisée

Les effectifs réduits et la perte d’expertise au sein du DPCP s’ajoutent au manque déjà criant de personnel judiciaire. Il y a quelques mois, le gouvernement a mis fin aux services de représentation spécialisée pour les victimes de violence conjugale et de violence sexuelle, mettant fin à une expertise précieuse et largement appréciée développée par Rebâtir et Juripop. Dans les nouvelles, les victimes voient des dossiers tomber en raison de l’arrêt Jordan, notamment en Abitibi, malgré les promesses de prioriser les dossiers en violence conjugale.

Tous ces reculs, alors que le gouvernement se targue d’en faire beaucoup en matière de violence conjugale, constituent un renoncement aux engagements pris par Québec. Après avoir été secoué par l’annonce de deux féminicides en quelques jours, comment le gouvernement pourra-t-il affirmer que la sécurité des femmes est bel et bien une priorité ?

Partager
Système de justice à bout de souffle : les conséquences se font sentir en violence conjugale


Partager sur