Lettre publiée dans Le Devoir le 21 juin 2025
Le bilan annuel des directrices et des directeurs de la protection de la jeunesse et directeurs provinciaux du Québec publié avant-hier montre que la violence conjugale occupe toujours une part importante du travail de la DPJ. Depuis l’an passé, les signalements retenus pour le motif d’exposition à la violence conjugale ont doublé. Le travail d’identification du contrôle coercitif et de ses différentes manifestations dans l’analyse d’un signalement est essentiel afin d’assurer la meilleure intervention possible. C’est cette prise en charge qui permettra d’assurer adéquatement la sécurité et le développement des enfants victimes et de répondre à leurs besoins.
L’importance de la collectivité dans la protection des enfants victimes
Le thème choisi cette année porte sur l’importance de se mobiliser collectivement pour mieux protéger les enfants. Nous partageons entièrement le constat fait par la Direction de la protection de la jeunesse qu’elle ne peut porter seule le fardeau de la sécurité et du bien-être des enfants. Les maisons d’aide et d’hébergement sont aux premières loges du soutien et de l’encadrement offerts aux mères et aux enfants qui vivent les conséquences du contrôle coercitif et de la violence post-séparation, et ont développé une importante expertise sur ces sujets. Elles sont au cœur de la collectivité, impliquées sur les tables de concertation, avec les corps policiers, les CLSC, les hôpitaux, les écoles, etc.
Nous saluons les efforts déployés dans quelques régions pour favoriser diverses formes de collaboration entre les services de première ligne, comme les maisons d’hébergement et les DPJ. Nous réaffirmons que cette collaboration est essentielle pour assurer la sécurité et le rétablissement des enfants et de leur mère. Nous espérons qu’elle se renforcera et s’étendra à l’ensemble des régions dans les mois à venir. Cela dit, même en l’absence d’entente formelle, plusieurs éléments permettent un travail collaboratif respectueux des rôles de chacun·e : qu’il s’agisse d’une intervenante qui reconnaît la violence conjugale et le contrôle coercitif en adoptant un langage commun, de scénarios de protection élaborés grâce au partage d’expertises, de l’ouverture envers le rôle de l’intervenante en maison pour favoriser la relation de confiance entre la femme, les enfants et la DPJ, ou encore d’un canal de communication ouvert permettant d’exprimer nos préoccupations.
Encore trop souvent, nos membres vivent des rendez-vous manqués avec les DPJ qui ne reconnaissent pas leur expertise en violence conjugale. En ce sens, les mots de Lesley Hill, directrice nationale de la protection de la jeunesse publiés cette semaine dans Le Devoir, résonnent : « La sécurité et le bien-être des jeunes reposent sur le filet social que nous arrivons à tisser ensemble ». Ces mots font écho à nos valeurs de solidarité et d’agentivité. Il faut maintenant que ces paroles se concrétisent sur le terrain. Nous serons au rendez-vous, madame Hill, et espérons que vos équipes acceptent notre main tendue. Ce sont les femmes et les enfants victimes qui bénéficieront de cette rencontre entre nos expertises.
La protection de la jeunesse ne peut faire cavalier seul. Nous avons un rôle collectif à jouer pour permettre aux mères victimes d’être suffisamment en sécurité pour retrouver leur plein potentiel et aux pères auteurs de se responsabiliser : deux conditions essentielles pour assurer une réponse adéquate aux besoins des enfants victimes.
Justine Fortin, avocate et coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale